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H-1 : Je n’arrive pas à me décider à rentrer dans l’arène. Les coureurs un à un étreignent leurs proches comme si c’était la dernière fois et disparaissent derrière les barrières. Les encouragements sont teintés de « fais attention à toi ».

Armelle et moi attendons le dernier moment ou presque, je n’ai pas envie de la quitter mais nous faisons les cents pas depuis plus d’une heure et il faut se résoudre à y aller.

Je l’étreins.

Je m’inquiète plus pour elle que pour moi. Toutes mes angoisses se concentrent sur « va-t-elle s’en sortir ? », rejoindre Mare à boue et Cilaos en voiture est aussi un sacré challenge.

De son coté, je la sens très stressée, la pression d’être présente aux points de rendez-vous et de me voir m’engager dans les sentiers techniques.

Elle ne veut rien montrer ou presque, la séparation est rapide.

Je m’engage dans le sas de départ.

Contrôle du sac, c’est un moment d’angoisse du coureur, malgré la vérification N fois du sac, on se demande si on n’a pas oublié l’essentiel, se voir refouler de la course, ne pas prendre le départ.

 Soulagement, le contrôle est rapide, tout est OK, je peux enfin rentrer dans la course.

Je ne ressens aucune émotion, aucun stress, je suis vide.

Je profite d’ailleurs pour m’allonger sur la terre battue, en utilisant mon sac comme oreiller. Je me sens las, je m’assoupis.

Je suis réveillé par un mouvement de foule autour de moi. Mes yeux s’ouvrent et aperçoivent tous les coureurs ou presque massés devant les grilles du départ.

Je suis content d’avoir dormi quelques minutes, mais après réflexion, cela était le signe avant-coureur de mon manque de sommeil.

Le sommeil s’avèrera le régulateur de la course.

Mais, je suis dépité, je voulais échapper au bouchon du Domaine Vidot (Km 15) et pour cela je dois passer dans les 800 premiers en moins de deux heures.

C’est foutu.

Mon obsession, c’est ce fichu bouchon tant décrié dans les récits. Aucune pensée pour les ascensions du Taïbit ou du Maïdo, juste ce bouchon, qui amène le coureur à se refroidir et à parfois abandonner à cause du froid si proche du départ.

J’arrive quand même à gagner quelques places en me faufilant, mais soyons lucide je vais partir loin derrière.

Je suis toujours calme, seul dans ma bulle, les autres coureurs sont surexcités, seuls ou en en groupe.

Le décompte est lancé à 22h00.

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Les chiffres s’égrènent, les coureurs sont projetés dans leur aventure. Nous arrivons rapidement à courir, nous sommes entourés d’une haie d’honneur, d’une foule en délire. Nos prénoms sont criés, les encouragements fusent dans nos oreilles, nous sommes fêtés non pas comme des fous mais en héros.

Les premiers kilomètres sur le front de mer sont un rêve, l’atmosphère d’insouciance est partout, la course part vite, trop vite. Les coureurs partent la fleur au fusil. Je double, je me fais doubler bref je stagne dans ce peloton.

Changement de topologie, la route commence à s’élever, nous entrons dans les champs de canne à sucre. Un chemin a été taillé, les plants de canne forment un mur, de chaque côté, eux aussi nous fêtent en héros.

Retour du bitume, la pente est moyenne mais suffisamment raide pour que la très large majorité des coureurs passent en mode marche. Je poursuis mon effort, mon rythme ne faiblit pas entre 9 et 10 km/h.

Je remonte par grappe les coureurs pendant 7 km pour arriver enfin au Domaine Vidot. C’est toujours ambiance « col du tour de  France", la foule forme un petit corridor pour mieux encourager, taper les mains des coureurs.

Arrivé au ravito en 1h53 cumul D+700. J’ai forcé pour arriver dans ce temps, sachant que je suis parti dans les derniers.

Contrôle express des pieds, recharge en eau et me voilà reparti illico presto.

Je mange toutes les 30 minutes une barre céréale ou autres friandises mais pas de gels.

Je suis content mes efforts semblent payer, pas de bouchon à la sortie du Domaine Vidot, le chemin se transforme en single et s’engage dans une forêt secondaire, montée, descente, quelques arbres à sauter. Chacun se suit, impossible de doubler, j’en profite pour souffler.

Les premiers signes de sommeil apparaissent très vite, ils se traduisent par des absences de quelques millisecondes.

Et puis patatras, bouchon au Km 19. Je ne m’y attendais plus, le moral chute. D’autant que nous avons le temps d’échanger avec d’autres coureurs sur le boitier sensé nous géolocaliser, geo-race. Evidemment, on s’aperçoit qu’il ne fonctionne pas…….

Je suis contrarié pour mes proches et inquiet pour Armelle qui devait s’appuyer sur cette merveille technologique pour me suivre et anticiper nos points de rencontres.

Je la vois me dire « tu vois ça ne marche jamais vos suivis en live » d’autant qu’elle m’apprend que le suivi par SMS ne fonctionne pas non plus. Heureusement que les copains via what’sapp la renseignent sur mon avancement.

Rapidement, le bouchon se transforme en une avancée lente mais continue. Nous perdrons dans l’histoire une petite demi-heure, rien de grave.

Notre chemin emprunte maintenant les prés à bœufs, les appuis se font plus difficiles, nous passons de champs en champs par des échelles. Les cotes sont courtes mais raides, les descentes piégeuses, le mode marche est enclenché dans les montées.

Arrive, Notre Dame de la Paix, Km 25, 4h51 : A vrai dire plus de souvenirs de ce ravito.

Reprise de notre périple vers Piton Textor. Nous sortons des champs pour aborder une partie forestière très agréable, la nuit est froide, je mets les gants et toutes mes couches disponibles. Nous alternons course et marche, je reprends un certain nombre de coureurs. J’oubli de regarder ma montre, je ne suis concentré que sur l’effort. J’ai oublié mes temps de passage à l’hôtel, alors vu l’heure je me dis que je dois bien avancer.

Le jour se lève, c’est toujours un moment de réconfort, savoir que les rayons du soleil vont nous réchauffer, le manque de sommeil ne se fait plus sentir, et nos yeux reprennent leur fonction de guide. Au revoir la frontale.

Nous sommes maintenant dans les paysages de la route du Col du Piton de la fournaise. Les chemins sont assez roulants jusqu’au Piton Textor. Je maintiens mon allure de 5 km/h hors temps de pause aux ravitaillements. J’arrive au Piton Textor en 8H12 pour km 41.

La topologie du parcours s’avère différente de ce que j’avais imaginé, en effet, ce n’est pas une ascension longue et rectiligne mais plutôt une succession de montées casses pates de replats et de descentes.

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Je me sens fatigué. Je suis exactement dans mes prévisions d’allure à 10 minutes, excepté ma demi-heure perdue au Domaine Vidot. Nous avons déjà un cumul D+ 2600.

Je suis à fond, désireux de repartir au plus vite pour rejoindre mon amour, je sais par SMS qu’elle m’attend à Mare à boue à 10 km d’ici, plutôt en descente.

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Le terrain est instable, je me prends trois buches, dont une sévère au niveau de la cheville gauche. Je crains le pire, l’entorse est évitée. Nerveusement, la course devient difficile, la cheville lâche sur les appuis trop prononcés. Je me force à courir, mon attention est à son extrême.

J’ai les ligaments distendus au niveau des chevilles, alors quand je suis fatigué, ma cheville vrille sur elle-même, l’avantage est que je n’ai jamais connu l’entorse, mes ligaments plient mais de rompent pas.

Enfin j’aperçois Mare à boue au loin, mon amour est là proche.

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Une section de 2 km nous sépare. Je cours proche de 10 km/h sur un ciment cassant les muscles.

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Après analyse des temps de passage, j’ai rattrapé une bonne  partie de mon retard, et j’arrive dans mes prévisions chronométriques. J’arrive OUI mais exténué. Je craque un peu en voyant mon amour au bord du chemin.

J’ai froid, je tremble. Elle me prend en charge. Les préposés au ravito viennent aider Armelle, l’un me masse les pieds, une autre me propose une soupe chaude. Bref, je suis un enfant pris complétement en charge. Le temps me parait se figer. Tout le monde s’active autour de moi, cela me parait désordonné mais inconsciemment, je retarde le moment de reprendre mon chemin.

Mes pieds sont nickels.

J’enregistre mon premier message pour ceux qui m’accompagnent par leurs pensées dans cette aventure. Armelle, me fait part d’un engouement sur what’sapp.

Je me fais violence pour repartir…. que j’étais bien sous cette couverture allongé sur ce lit de camps.

En repartant, je pointe à Mare à boue en 10h19, nous sommes au km 51.

J’appréhende le coteau Kerveguen, je repars tout tranquille, le chemin se transforme assez rapidement en passerelle de bois. Je m’explique : c’est un chemin souvent recouvert de boue, par chance cette année c’est sec, alors pour parer au problème l’ONF à créer un chemin de rondins de bois. C’est glissant et très casse gueule.

Parfois il faut simplement suivre le chemin de pied.

Cette ascension de 10 km est interminable, le brouillard vient à notre rencontre, nous enveloppe, un léger crachin me fait craindre le pire pour la descente à suivre de la Mare à Joseph.

Enfin, la voilà cette descente, tant cauchemardée. 800 D- en 2km. J’y vais tranquillement, je ne suis pas bloqué, mais j’ai quand la même la trouille. Je pense beaucoup à ma famille, revenir indemne, cette seule idée me fait ralentir, rester sur ces 2 jambes mon seul objectif.

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7 mare à joseph

8 mare à joseph

9 mare à joseph

10 mare à joseph

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Heureusement que je l’aborde de jour, je n’ose imaginer par temps de pluie et de nuit……

Je vois Cilaos en contre bas mais que la descente est longue, il me faudra 1h30 pour en venir à bout.

Cilaos

Je vais mettre 4h pour faire les sections de Kerveguen et de Mare à Joseph, 12 petits kms. Enfin la route pour Cilaos, je suis comme grogui, anesthésié par l’effort nerveux mais soulagé. J’essaye de courir, mais la chaleur me scotche instantanément au goudron, le bitume tape dans les muscles, le soleil est au zénith et je prends en pleine gueule le passage glacial de kerveguen à la chaleur de Cilaos. Je décide de rejoindre Cilaos en marchant. Les 4 kms sont longs et encore longs, je vais mettre 50 minutes pour enfin voir le visage de mon amour.

J’arrive à 15h loin de mes estimations mais ENTIER !!!!!

 Dans le même temps mon amour est arrivé entière à Cilaos, son message m’avait rassuré. Elle a bravé, dompté que dis-je la route aux 400 virages.

Je suis fier d’elle, elle a aussi vaincu ses peurs.

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Je prends une douche froide au jet d’eau, s’est délicieux, j’enlève toute cette poussière, cette boue sur mes jambes. Je me restaure copieusement. Je m’allonge mais le sommeil ne parviendra pas à l’emporter vraiment.

Je ne me mens pas à l’aise à ce ravito, pourtant la pause s’éternise. Mon esprit est ailleurs, je sors de la course sans m’en rendre compte. Mon instinct me dit de finir et juste de finir, à partir de ce point le chronomètre n’aura plus d’importance et pourtant mon corps n’a pas ou peu de stigmates, mes jambes répondent bien, aucun bobo en vue.

Je repars.

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Je pars pour au moins 20h sans voir Armelle. Le coureur doit décider à Cilaos s’il continue l’aventure sachant que personne ne viendra le chercher en cas d’abandon dans le cirque de Mafate, qui n’est traversé par aucune route. Seul, il devra revenir sur ses pas à Cilaos ou il devra gravir le Maïdo pour sortir de Mafate et être pris en charge.

Me voilà parti pour gravir le Taïbit et entrer dans le fameux cirque de Mafate.

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Avant de gravir le Taïbit, l’organisation nous fait descendre bien bas dans le cirque de Cilaos. La chaleur est étouffante, je ne suis plus dans la course en termes d’agressivité, je ne pense qu’à une seule chose, préserver mes forces et gérer l’effort.

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Passage à gué à Cascade bras rouge avant d’entamer la remontée vers le début du sentier Taïbit. 

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Et vlan je m’étale de tout mon long dans la rivière. Je m’aperçois que mon téléphone fait des siennes, il n’obéit plus au doigt et encore moins à l’œil.

J’avais oublié de le remettre dans une pochette étanche. Tant pis il faut repartir, je retrouverai bien Armelle à Sans souci.

Me voilà dans ce fameux col 6.5 km pour 1200D+. Heureusement que la deuxième partie est ombragée et que la fin de l’après-midi approche. La montée est pénible, néanmoins, je m’accorde aucune pause d’autant que je souhaite faire la descente de Marla de jour. Cette descente a la particularité d’avoir beaucoup de marches.

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Ce sursaut me permet d’atteindre le col, il commence à faire froid, je remets mon coup vent sur le débardeur et c’est parti pour cette descente.

Effectivement, elle assez roulante, les marches deviennent sur la fin douloureuse, elles me provoquent une douleur à toute extension de mon genou droit. Cela me vaudra un très beau strap, refait 3 fois par 3 personnes différentes, considérant à chaque fois que celui-ci était mal fait. On se croirait au boulot…..vive la nature humaine.

Malheureusement, juste avant d’entrer à Marla, je dois mettre la frontale.

Je prends un bon repas chaud, poulet, riz et je décide d’aller voir l’infirmerie pour me faire strapper, mais comme il n’y a pas de kiné personne ne veut prendre la responsabilité de le faire.

Je vais entendre ce refrain jusqu’au Maïdo, ou une infirmière voudra bien me strapper en me précisant qu’il faut que je vois un kiné.

Avant de repartir, je décide de mettre mes 3 couches pour la nuit. Je découvre avec résignation que ma première couche est mouillée à cause de ma chute dans la rivière. Je n’ai pas le choix, je la mets, moment vraiment désagréable, et je me dis que je vais bien finir par me réchauffer avec l’effort.

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Bref, je repars, la nuit est tombée, l’atmosphère est spécial, tout est calme. Deux coureurs me rattrapent et on décide de faire un bout de chemin ensemble, le premier sort de l’UTMB, le deuxième de la 6000D bref je suis en bonne compagnie.

Puis au fur et à mesure de la nuit, le groupe s’agrandit pour atteindre une dizaine d’unités. Nous resterons ensemble jusqu’au ravitaillement de la Plaine des merles.

Il commence à pleuvoir, la nuit est fraiche, sombre. Je décide de faire une pause pieds, je remets de la nok, toujours pas d’ampoules.

J’ai eu un moment d’angoisse en arrivant au ravito, je me sentais fatigué mais surtout congelé, un bénévole me voyant souhaite que je vois un médecin et là reconnexion immédiate du cerveau « tout faire pour éviter les médecins » de peur qu’il m’arrête.

J’essaye quelques blagounettes pour montrer ma super forme, mais personne rigolera, pourtant dans mon souvenir elles étaient bonnes. Je n’en veux pas à mon public, il était fatigué.

Bref, je repars pour une succession de montées, de descentes dans Mafate le parcours est roulant. La vigilance reste de mise, mais je suis fier de moi de tenir une bonne cadence dans les descentes (clin d’œil pour deux lecteurs qui aiment envoyer dans les descentes sans m’attendre).

Vers l’Ilet à bourse, nous traversons une forêt d’épineux, et il y a quantité de coureurs sur le côté avec leurs couvertures de survie. Je décide d’en faire autant sans couverture de survie, j’enlève les chaussures pour soulager un peu les pieds, connerie à venir.

Malheureusement quelques gouttes de pluie s’invitent et plus le froid, mon sommeil sera de courte durée.

Je décide de repartir, hélas mes chaussettes ont accrochées une quantité phénoménale de d’épines de pin. La plaie, il faut que je les enlève toutes. J’étais déjà frustré d’avoir dormi seulement un quart d’heure mais là je suis carrément énerver, en plus il fait froid, mes gestes sont imprécis et j’ai l’impression que c’est un champs entier d’épines à enlever.

Bref j’arrive à Grand Place les Hauts / Le Bloc en pleine nuit et là……

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Discussion avec un coureur réunionnais qui connait la diagonale sur le bout de ses chaussures et qui m’annonce encore 23 à 25 heures de course.

Oh put…, il fait voler en éclats toute ma croyance d’avoir bien avancé durant la nuit. J’accuse le coup mais très vite je décide de repartir, gonflé à bloc vers le Maïdo.

Ce sera mon moment préféré de la course. Je vais faire de longues parties seul, on devine le paysage sauvage autour de nous, les passages de la rivière des galets éclairés aux flambeaux sont magiques.

Direction Roche Plate, dernier ilet avant de sortir de Mafate par le Maïdo. La pente est raide…..

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J’ai le sentiment d’avoir encore beaucoup de force, j’ai une sensation de super forme, je sens mes muscles se tendent, ma respiration est courte mais calme, cette ascension c’est le pied.

Au petit matin, les oiseaux chantent de toute part, la lumière me laisse entrevoir un paysage découpé, magnifique, je suis en pleine euphorie.

Je croise un peu avant 6h un père et ses 3 enfants venant de Roche Plate, je les arrête pour leur demander leur destination de si bon matin, c’est les vacances, il emmène ses enfants à la rivière des galets pour la journée……

Ce moment bref, me donne une claque de vie. Je repense encore souvent à cette rencontre, le bonheur peut être simple, démuni de tout artifice matériel.

J’entrevois Roche Plate, malheureusement nous devons contourner le plateau par la gauche pour se frayer un chemin pour atteindre le village.

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Je décide de dormir un petit peu au soleil, il ne fait pas chaud alors il sera de très courte durée. J’entame une discussion avec deux infirmières, sur la course, elles me rassurent sur la montée du Maïdo et me fournissent des informations très précises. Je repars remonter comme une pendule, je vais faire l’ascension en 1h45 jusqu’au col.

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Le soleil de la matinée commence fortement à cogner, de nombreux spectateurs font le chemin inverse pour aller à la rencontre de leur super héros. Le chemin étant étroit, il est parfois difficile de ne pas être stoppé dans notre élan, d’autant que les premiers du trail du bourbon commencent à nous rattraper.

J’arrive enfin au sommet où l’on m’avait prédit une ambiance de folie, et bien, je vais être déçu. Certes, il y a des spectateurs mais ils encouragent peu, ils attendent surtout leurs coureurs.

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Direction le ravitaillement du Maïdo, le chemin suit la ligne de crêtes, et je me remets à courir, d’ailleurs je vais le faire quasiment jusqu’à Sans Souci.

J’imagine mes supporteurs fiers de moi sur cette portion du parcours, malheureusement j’apprendrai plus tard, qu’une erreur informatique m’a fait disparaitre du pointage du Maïdo. Cela a généré une grande angoisse pour mes supporteurs supputant mon abandon.

Au ravitaillement, je trouve enfin une infirmière pour faire mon strap au niveau du genou droit. Je sollicite les enfants qui tiennent le stand boisson en permanence, ils font quelques maladresses, mais bon, ils sont dévoués, chahuteurs et cela amène un peu de vie.

Je trouve un bénévole qui me prête de la crème solaire, car le soleil chauffe et je commence à attraper des coups de soleil.

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Je repars vers Sans Souci. Je cours, je marche, mon genou bien strappé tire notamment vers la fin de la descente. Je vais me cramer sur cette descente en faisant des passages à 12 km/h mais c’est bon …………de courir. Le terrain est propice, j’en ai marre de marcher depuis toutes ces heures de nuit ou d’ascension.

Je vais m’arrêter à un stand improvisé qui propose des patates douces, je ne vais pas en prendre. Je discute une minute, avant de repartir, dans l’intervalle l’un des protagonistes je me signifie que je n’ai pas besoin de manger vu mes réserves. Il a un peu raison, mais bon, ce n’était pas nécessaire de le dire….

D’ailleurs, question récurrente après mon retour, tu as perdu du poids ? Rien, nada, j’ai pris 3 kilos !

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Peu de temps avant d’arriver à Sans Souci, mon téléphone, sonne j’arrive à prendre l’appel et là Armelle m’apprend que le suivi ne fonctionne plus et qu’elle est toujours à l’hôtel. Panique, je suis à 30 minutes de Sans Souci, juste le temps pour elle de sauter dans la voiture, de se prendre une amende pour m’accueillir bras ouverts au ravitaillement.

Là je vais prendre deux repas, oui vous lisez bien, alors que les autres coureurs n’arrivent à plus rien manger. J’aurai bien repris une troisième cuisse de poulet, mais bon, je n’ai pas osé…ce tas de cuisses de poulets devant moi me hante encore.

Je vois un pseudo kiné qui décide de refaire mon strap, tellement bien que je n’arrive plus à plier mon genou, pas très pratique pour ce qui me reste à faire. Bref, je vais rester bien trop longtemps à ce ravitaillement puisque dans entre deux cuisses de poulets évidemment, je vais également reprendre une douche.

Je repars avec mon énorme pansement, qui va très vite se disloquer et qui donc me servira à pas grand-chose sauf à impressionner les spectateurs. J’ai failli oublier mon dossard et de pointer avant de repartir….faire la course et se voir disqualifier pour oubli de pointage, je n’ose imaginer….

On traverse de nouveau une rivière, de nouveau je glisse, les deux pieds dans l’eau, je rigole du comique de répétition.Il fait chaud………..vivement la nuit.

Juste avant la nuit je vais faire leur put…. de chemin Kaala. Pour vous dessiner le truc, des gros rochers à descendre soit avec une corde soit avec des lianes. Ces portions sont courtes mais démoralisantes. 

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D’ailleurs, jusqu’à Possession, c’est le seul moment de la course où je vais broyer du noir, je n’avance plus, le chemin est inintéressant et j’ai mal au genou.

Le moral est bas, je me fais doubler par tout le monde, je m’énerve.

Je rattrape une éclopée qui décide d’appeler du réconfort, elle pleure, elle demande de l’aide, elle n’arrive pas à se calmer, son genou est lui véritablement en vrac.

J’essaie timidement de lui parler, mais elle ne me répondra même pas. D’ailleurs, l’ambiance entre coureurs est moyenne, personne ne s’intéresse à personne, encore moins les coureurs locaux. Le mec peut gire par terre, il ne sera pas déranger pour savoir s’il veut mourir tranquillement.

J’exagère mais c’est le sentiment qui me restera. A leur décharge, les coureurs sont tellement fatigués, que chacun est au plus profond de sa bulle et en sortir parait insurmontable. Je le dis en toute humilité car il m'est arrivé de passer à côté d’un coureur sans lui poser la question du « Ça va ? ». En même temps la réponse est toujours la même « Ça va ». C’est un vrai dialogue de sourd….

POSSESSION, dernier ravitaillement, je revois ma chérie et pour le lecteur bientôt la fin du marathon de ce récit qui n’en finit plus comme la nuit qui va venir. Tranquillement, je vais rester 1h30, de nouveau bien manger, les saucisses étaient incroyables…

Je me fais soigner que dis-je dorloter par plusieurs étudiantes en santé, un kiné me refait mon strap cette fois-ci, il me sera très utile et me permettra de finir sans douleurs.

Bref, j’entame une discussion avec un mec qui travaille sur l’alimentation saine du sportif, je lui parle de Tania au Canada, échange de mails,

Pour finir, Armelle me vire du ravitaillement…….

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Je repars EN COURANT vers le fameux, célèbre chemin des anglais, la montée est facile mais la descente de nuit avec toutes pierres dans le mauvais sens, je bloque, à l’arrêt, j’ai peur, je tétanise, j’entreprends de faire pierre par pierre le chemin.

J’utilise mes deux frontales, une sur le front et l’autre dans une main afin de me garantir une meilleure vision de tous ces pièges, c’est un Japonais qui m’a donné l’idée, car il utilisait uniquement sa frontale à partir de sa main.

Je dis pièges, car c’est feux d’artifice au niveau des hallucinations. Je vois surtout des animaux, des monstres et des coureurs sur les bas cotés. Tous les rochers sont transformés, je me vois vérifier si c’est bien un rocher et pas un coureur qui aurait besoin d’aide. Je zigzague, j’arrive difficilement à tenir ma ligne.

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Grande chaloupe : La libération. Pour une fois ravitaillement court, dernière ligne droite avant l’arrivée.

Je m’arrête et discute avec un petit groupe de chanteurs. Ils me chantent une chanson, rien que pour moi, et me remercient de m’être arrêté. J’ai la pêche.

Le chemin est roulant souvent bitumé, je m’arrête dans un abri bus avant la dernière ascension vers Colorado pour me reposer. Le moral a de nouveau plongé. Il y a sur quelques mètres des passages raides de chez raides.

J’entrevois enfin le dernier pointage avant l’arrivée, le Colorado. Je décide de prendre une chaise et de m’installer devant l’assiette de jambon cru et de de pâté. La bénévole n’est pas très contente de mon attitude. Je bouleverse l’organisation. Inarrêtable, je mange et je remange encore comme si c’était mon dernier repas alors qu’il me reste une seule descente. Je pense à vous tous qui m’attendez, un énorme scrupule m’envahit.

J’entame cette descente délicate avec retenu, elle est hyper technique et ce n’est pas le moment de tout foirer alors elle sera interminable pour nous tous.

Le soleil se lève, j’entrevois le stade de la redoute, j’ai Armelle au téléphone pour lui annoncer mon arrivée.

Enfin la délivrance, ce fut long et encore long, j’entre dans le stade, je cherche partout du regard Armelle, pour l’inviter à franchir ensemble cette ligne. Je ne la vois pas. Une déception monte, je refuse de franchir cette ligne sans elle. J’aperçois Alain et lui demande d’aller chercher Armelle.

Elle accourt, enjambe les barrières, nous voilà enfin réunis sur cette piste.

Nos regards se croisent, nos sourires en disent long, très long.

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Nous franchissons ensemble cette ligne, un baiser vient clore cette folle aventure commencée 55h30 plus tôt.

J’embrasse par caméra interposée mes loulouttes, mes pensées vont à tous ceux que j’aime, à tous nos supporters.

Je n’ai pas encore la pleine mesure de tous vos encouragements mes amis.

Le speaker vient me voir, me pose des questions, j’en profite pour vous remercier et dire un petit mot à mes filles. Hélas, elles n’entendront pas ces petits mots d’amour.

La fatigue s’est envolée comme par enchantement.

Je suis bien, heureux, aucune larme a coulé, et pourtant j’avais tant de fois rêvé cette arrivée, les yeux mouillés.

Finisher

temps passage 2

Et enfin, un grand MERCI aux Raiders 2000, à Christelle, Sabine, Maryline, Nicole et Alain, qui nous ont tant aidés dans la préparation et l'organisation de cette formidable aventure, ainsi qu'à nos amis et famille pour leur soutien et leurs encouragements permanents.